A la croisée des mondes, brûlante Séville

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C’est peu dire que le soleil andalou presse les têtes. Sans compassion, il assèche les gorges et éblouit le regard. Séville, capitale de cette région aussi vaste que le Portugal, sait depuis longtemps ruser avec cette boule de feu qu’elle côtoie depuis la nuit des temps. Ses bâtiments arborent un rouge ocre, un bleu ciel, un jaune oranger donnant à la ville l’aspect déluré d’un arlequin bariolé. Le tout est d’éviter le noir -trop absorbant- et le blanc -trop éblouissant-. L’effet est réussi.

La seule pluie ici ? Quelques gouttes qui s’écoulent des bacs à fleurs accrochés à chaque balcon. Ici, même les tournesols tournent le dos à leur suprême bienfaiteur. La chaleur est si assommante, si étouffante qu’elle convainc le plus solide des hommes de s’abandonner à la siesta réparatrice. Les fondateurs de la ville ont bien tentés de rapprocher au plus près chaque bâtiment pour offrir aux marcheurs une ombre salvatrice, à tel point que les sommets de deux édifices situés face à face paraissent parfois se rejoindre dans l’immensité d’un ciel bleu éclatant.

Mosquée et corrida

 

Nous y voilà. L’Andalousie (de l’arabe Al Andaluz), porte du Sud, du soleil, passage à niveau de l’Europe au Maghreb, la terre où les civilisations orientale et occidentale se sont succédées pour offrir aux années futures les traces de leur apogée. Tout se lie et se distingue, se mélange et se sépare pour se rejoindre finalement dans une fusion délicate de deux mondes. Mosquée et corridas, orangers et flamenco, palmiers et tapas. Olé !

Et quelle preuve plus prodigieuse de la coexistence de ces deux civilisations que l’Alcazar ! Synthèse délicieuse des arts omeyyades, arabes, chrétiens, espagnols. Ici, tout ravit les sens : l’œil y est flatté, le nez choyé. Tout n’est qu’orfèvrerie, le souci du détail a guidé chacun des artisans dans l’édification de cette merveille. Les senteurs délicieuses d’orangers, de thym, de romarin, de citronniers embaument l’air. Pas un pas de porte, pas un plafond, pas une fenêtre n’est orné, décoré, travaillé pour susciter l’admiration chez ses visiteurs. Chaque alcôve, chaque mur et jusqu’au moindre sentier a été pensé pour donner à l’ensemble une splendeur inégalée.

 

Catholicisme clinquant

 

Mais -une fois n’est pas coutume- ce sont les gagnants qui écrivent l’histoire. Après cinq siècles de règne de l’empire des Ommeyyades, les catholiques européens reprennent la ville en 1236, la reconquista. Les mosquées sont transformées en églises, Jesus et Maria sont partout. A chaque coin de rue, une église, sur chaque place, une basilique : témoins visibles d’un catholicisme clinquant, comme en témoigne son orgueilleuse cathédrale. Rappels des excès paranoïaques et totalitaires de l’inquisition. Rappels d’une fortune édifiée sur le dos de millions de sud-américains aussi. Je n’oublie pas les mineurs de Potosi.

 

Mais malgré leur victoire, les catholiques espagnols n’ont pu se résoudre à détruire si bel ouvrage. Ils ont obéit à leur sens plutôt qu’à leur dévotion et on leur en sait gré aujourd’hui. Il faut pourtant en convenir : les petites églises qui pavent les ruelles possèdent un charme indéniable : elles se fondent si bien dans le décor qu’elles ne choquent pas l’œil.

Séville ne présente aucun gratte-ciel, seule une tour dépasse au sud-ouest de la ville. Pour le reste, elle offre une parfaite homogénéité avec ses bâtiments bas colorés, cernés de cette céramique renommée.

 

Fontaines et ciel bleu : de l’art de vivre andalou

 

Ici, tout est beau. Si,si : beau. J’ai cherché un autre mot mais non, c’est bien du « beau » qu’il s’agit. Ici, tout s’est construit avec soin : les ruelles pavées, les places ombragées, les jardins aménagés, les édifices et les musées. Ici, tout vie : les places, les murs, les fontaines, les balcons et jusqu’aux plaques en céramique des avocats et des médecins. Rien n’est laissé au hasard. L’utilitaire est proscrit, ce qui compte c’est que tout ravisse les sens.

 

Il semble que l’édification de cette cité ne s’est faite avec pour seule et unique intention de la rendre inoubliable aux yeux de tous. Le but est de créer un joyau, un lieu émerveillé, un rêve enfiévré pour réveiller en chacun le goût du « beau ». Cette ville est un hommage, une sélection exigeante de ce que les hommes peuvent produire de plus délicieux. Serait-ce la langueur andalouse qui pousse les hommes à magnifier ce qu’ils entreprennent ? Je ne vois pas d’autre explication.

Dans un tel cadre, que reste t-il à faire pour les andalous si ce n’est d’en rajouter un peu. Comment leur en vouloir ? Immergé quelques jours dans cet écrin enchanté, le bonheur semble à portée de main. Le poids qui s’appesantit ailleurs sur nos cœurs semble ici s’alléger comme par enchantement.

 

 

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